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Il est là, assis sur un banc, son banc peut-être, immobile, des mains tordues par le labeur croisées sur des jambes croisées. Entrelacs figé. Le jour de l’Assomption donne au parc des allures dominicales, des déambulations alenties, des envies de flâner, une lente procession du temps.

Des artistes de tous genres ont érigé des cimaises provisoires sous des petits chapiteaux protecteurs. Le peintre par envie côtoie le peintre par passion, l’artiste confirmé l’éternel amateur, la toile brasillante le graphisme hésitant. Les visiteurs se suivent, se précèdent et se croisent, têtes chenues pour la plupart, tenues estivales endimanchées. Des personnes d’un âge certain, la jeune génération attend les images sur Facebook… On se connaît, on se reconnaît, on échange des avis du bout des lèvres en prenant des airs inspirés ou conspirateurs. « Je ne vois vraiment pas ce que ça représente ! » Au pinacle l’œuvre qui dit de suite son qui-quoi-où-quand-comment. Aux éloges l’art figuratif qui rassure sur l’état de notre vision et la fluidité de nos neurones. Au pilori la trace du pinceau plus instinctive. Aux gémonies, l’art abstrait. Un itinéraire où le sentir est oublié.

 

Il est là, immobile, loin des pérégrinations artistiques, aux antipodes des débats sur la noblesse de l’Art.

Son regard dont l’azur est délavé par les averses de la vie, érodé par les déluges de l’existence, suit lentement les mouvements des visiteurs. Son spectacle à lui. Un peu de présence dans la touffeur estivale. Des inconnus, moins inattendus que bienvenus dans ce parc où s’enracine sa solitude.

Pourtant les amateurs d’art n’ont que peu d’intérêt pour le vieil homme. Ils n’ont pas remarqué le pittoresque de son visage, l’ambigüe élégance de son couvre-chef qui peut laisser deviner un passé de piste aux étoiles, de pitreries et d’éclats de rires enfantins.

A l’autre bout du parc, une dame s’extasie devant un visage clownesque habilement posé sur la toile par un artiste et son couteau. Saura-t-elle s’émouvoir devant cet autre portrait tout aussi immobile mais tellement plus vrai ?